05 novembre 2009
Balzac a dit (2) :
"Tout personnage épique est un sentiment habillé... Il peut sortir de l'âme. De tels personnages sont en quelque sorte les fantomes de nos voeux, la réalisation de nos espérances.
Il est cependant bien difficile de persuader au public qu'un auteur peut concevoir le crime sans être criminel. (...) Il y a sans doute beaucoup d'auteurs dont le caractère personnel est vivement reproduit par la nature de leurs compositions, et chez lesquels l'oeuvre et l'homme sont une seule et même chose ; mais il est d'autres écrivains dont l'âme et les moeurs contrastent puissamment avec la forme et le fond de leurs ouvrages ; en sorte qu'il n'existe aucune règle positive pour reconnaître les divers degrés d'affinité qui se trouvent entre les pensées favorites d'un artiste et les fantaisies de ses compositions.
J'ai été pourvu d'une grande puissance d'observation parce que j'ai été jeté à travers toutes sortes de professions, involontairement. Puis, quand j'allais dans les hautes régions de la société, je souffrais par tous les points où la souffrance arrive, et il n'y a que les âmes méconnues et les pauvres qui savent observer, parce que tout les froisse et que l'observation résulte de la souffrance."
Honoré de Balzac (propos recueillis par... lui-même ! - divers ouvrages)
22 octobre 2009
Balzac a dit (1) :
"Entre nous, je ne suis pas profond, mais très épais.
Quand je n'écris pas mes manuscrits, je pense à mes plans, et quand je ne pense pas à mes plans et ne fais pas de manuscrits, j'ai des épreuves à corriger. Voici ma vie.
Il faut que la pensée ruisselle de ma tête, comme l'eau d'une fontaine. Je n'y conçois rien moi-même.
J'ai, pendant un mois, à ne pas quitter ma table, où je jette ma vie comme un alchimiste son or dans un creuset.
Je vis le plus dur des despotismes : celui qu'on se fait à soi-même. Je travaille nuit et jour. Je suis venu ici me réfugier au fond d'un château, comme dans un monastère. Si je vais à Angoulême, ce sera pour travailler. Toujours les ressorts cérébraux tendus !... Pas de relâche ! Ma vie est un combat ; il faut que je dispute pied à pied la reconnaissance de mon talent, si talent il y a. Puis, ce qu'il m'en coûte de privations, pour obtenir ce travail forcé, ne s'explique pas. Point de plaisirs ! Quand je pense qu'aujourd'hui il y a des femmes qui m'écrivent de tous les côtés, et qui me complimentent, me croyant une vie de délices (...) L'égoïsme de l'homme qui vit par la pensée est quelque chose d'affreux. Pour être un homme en dehors des autres, il faut commencer par s'en mettre réellement en dehors.
Je me couche à six heures du soir ou à sept heures, comme les poules ; on me réveille à une heure du matin, et je travaille jusqu'à huit heures ; à huit heures, je dors encore une heure et demie ; puis je prends quelque chose de peu substantiel, une tasse de café pur, et je m'attelle à mon fiacre jusqu'à quatre heures ; je reçois, je prends un bain, ou je sors , et après dîner, je me couche.
C'est toujours la même chose : des nuits, et toujours des volumes ! Ce que je veux faire est si élevé, si vaste ! (...) Vous ne vous figurez pas ce que c'est que La Comédie Humaine. C'est plus vaste, littérairement parlant, que la cathédrale de Bourges architecturalement. Voilà seize ans que j'y suis, et il faut huit autres années pour terminer."
Honoré de Balzac (propos recueillis par... lui-même !)
15 octobre 2009
Annie Ernaux a dit :
"Je n'ai jamais fait d'autobiographie au sens strict, même si mes ouvrages précédents étaient à la première personne. J'ai toujours eu l'impression que je me servais d'un aspect de ma vie -la relation familiale, une passion, un avortement- pour creuser quelque chose qui relevait plus du collectif que de l'intime. C'était l'intime pour dire en même temps le collectif.
L'écriture est pour moi un instrument de lutte et l'occasion de replonger dans une matière collective faite d'images, de scène d'individus rencontrés.
J'ai eu très tôt conscience, dans mon itinéraire d'écriture, que le langage n'a pas la même fonction pour moi que pour une personne issue d'un milieu culturel privilégié. C'est au travers du langage que s'effectue le changement de monde et de classe. L'écriture n'est pas quelque chose de donné. C'est une conquête. Je n'ai pas une vision enchantée des mots."
Annie Ernaux, dans US Magazine , propos recueillis par Carole Condat et Alexis Chabot, avril 2008.
08 octobre 2009
Philippe Labro a dit :
"Je me rattache aux maîtres du XIXème siècle : Maupassant, Flaubert, Balzac, Stendhal, ainsi qu'à leurs héritiers américains que sont Dos Passos, Hemingway, Fitzgerald, Tom Wolfe, Norman Mailer. Les petits chapitres dans lesquels j'essaie de raconter le monde sont directement inspirés de John Dos Passos. Ils me servent à dire que nous ne sommes qu'un grain de sable dans un univers d'une diversité et d'une complexité infinies.
Un écrivain avance sur le même chemin, même s'il n'écrit pas les mêmes livres.
La douleur d'écrire me fait hurler de rire ! C'est long, compliqué, on est rarement content de ce que l'on fait, on revient souvent en arrière, mais quel privilège d'inventer des univers...
Le seul devoir de l'écrivain est de prendre le lecteur par la main et de ne pas le lâcher."
Philippe Labro, dans Paris Match, propos recueillis par Jérôme Béglé, février 2009.
01 octobre 2009
Jean-Claude Mourlevat a dit :
"Il se partage entre ce "métier de solitude" qu'est l'écriture et les rencontres avec ses lecteurs, une activité dont il ne peut se passer : "J'aime bien ce triangle entre les gens, le livre et moi", nous dit-il.
Pour Jean-Claude Mourlevat, la lecture ressemble à la marche à pied. Les livres, dans le silence, nous mènent au cœur des choses simples et nous permettent aussi de nous enrichir pas à pas dans un fructueux va-et-vient, ce qui n'est guère possible avec l'image qu'on reçoit dans l'immédiateté.
Quant à l'écriture, elle relève pour lui de l'art de l'alpinisme et du funambule. C'est une aventure solitaire, à la fois physique et "musicale", pendant laquelle l'auteur "écrit avec ses pieds". C'est l'art de l'escalade : "J'essaie de m'appuyer partout où je peux. (...) Je m'alimente de tout." Mais l'équilibre reste fragile, la peur toujours présente, l'exercice très "physique", dans la mesure où les sens et l'intuition sont plus sollicités que l'intelligence. (...) Il aime aussi cette "poésie clandestine" qui "surgit là où on ne l'attendait pas".
Quoi qu'il en soit, pour Jean-Claude Mourlevat, la lecture expressive à haute voix d'extraits de romans ou d'histoires plus courtes est une activité fondamentale. Dire d'abord. Mettre le texte en jambes. Le faire à nouveau marcher..."
Jean-Claude Mourlevat, dans Les Cahiers Pocket, propos retranscrits par Jacques Perrin, septembre 2009.
Retrouvez une interview de J-C Mourlevat par des collégiens, avec la source de la photographie reproduite ci-dessus :
http://www.clg-garlaban.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?article117
24 septembre 2009
Michel Quint a dit :
"L'écriture permet le retour au passé pour élucider le présent.
Mon vrai rythme d'écriture est le "microroman", comme Effroyables jardins ou Aimer à peine... En fait, avec cette forme, j'atteins ce que je définirais comme un roman de plage non développé. je veux dire que c'est un processus d'invention autant que d'écriture. Le roman pourrait faire des centaines de pages dans sa logique, mais je le rédige sec, j'en évite la graisse, les digressions. Ce non-développement permet d'atteindre l'essentiel, de rester dans l'authenticité, d'éviter aussi de se répandre. Je garde la structure, mais je rédige en concision , cela devient, du moins je le souhaite, un coup de poing efficace. (...) Il est vrai aussi que ce genre de formats permet l'accession à la lecture de "petits lecteurs", ils ont quelque chose de rassurant, ils permettent d'entrer en lecture plus facilement.
Il ne faut pas prendre le lecteur pour un imbécile. S'il n'y a pas cette sincérité, il y a "produit", contrefaçon. Il faut que l'écrivain ressente le poids de son livre quand il l'écrit, il ne faut pas qu'il reste à l'extérieur.
J'ai bien conscience d'avoir accompli un itinéraire. Je voulais être écrivain, je suis allé au bout de ce projet qui, en outre, m'a permis de retrouver la femme de ma vie, l'unique depuis quarante ans, ça valait le coup d'écrire. "
Michel Quint, dans Nouvelle donne, propos recueillis par Christian Congiu, janvier-février 2004.
17 septembre 2009
Pierre Gripari a dit :
"Une musique qui refuse d'être un chant cesse d'être une musique. Un roman qui refuse d'être un conte cesse d'être un roman.
L'homme ne vit pas seulement de pain. Il vit aussi de rêves, et la fonction fabulatrice est une fonction vitale. Rien d'étrange à cela quand on songe à ce qu'est la condition humaine. Car enfin, qu'est-ce qui nous attend ? En tant qu'individu, l'agonie et la mort. Et en tant qu'espèce ? Que le soleil éclate en supernova ou se réduise en naine blanche, que ce soit par le froid ou le chaud, également l'agonie et la mort. Telles sont nos certitudes.
C'est pourquoi il n'y a rien de plus beau, ni de meilleur, ni de plus important au monde que de raconter des histoires. C'est mon métier, et j'en suis fier. Bien avant Gutenberg et Pasteur, je place au premier rang des bienfaiteurs de l'Homme les génies inconnus qui ont conçu l'histoire de Peau d'âne, de Blanche-neige ou de Cendrillon."
Pierre Gripari, dans Gueule d'Aminche.
10 septembre 2009
François Mauriac a dit :
"Les livres de la semaine couvrent le divan, les tables. Certains rampent sur le tapis, insectes qui ne s'écrasent pas... L'amour des livres, cette passion de mon enfance, et de mon adolescence, tourne sur mes vieux jours au dégoût, c'est un fait. Moi qui à dix-huit ans avais écrit, en tête de mon carnet secret, une phrase de Barrès :"Les immenses bibliothèques où s'alignent à perte de vue ces choses si belles et qui font trembler de joie, cinq cent mille volumes bien catalogués..." aujourd'hui, je rêve d'une maison aux murs nus, où aucun livre ne traînerait. Je respire mal dans un monde où chacun veut me raconter sa vie. Il n'est pas jusqu'aux philosophes, dont la leçon est que l'aboutissement du poème doit être le silence, qui n'écrivent des articles pour nous en persuader, et qui ne publient des romans pour nous prouver qu'il ne faut pas raconter d'histoire."
François Mauriac, "Bloc-Notes", dans L'Express, 5 mars 1959.
03 septembre 2009
Marc Levy a dit :
"Je serais incapable d'écrire un roman où il n'y a pas d'amour ou une histoire d'amitié.
L'écriture est un artisanat. Tout artisan qui aime son métier se remet en cause à chaque fois qu'il se met au travail. Il est à la fois conscient des erreurs qu'il a commises, il a l'espoir de ne pas les reproduire et a la lucidité de savoir qu'il en commettra d'autres."
Marc Levy, dans Carrefour Savoirs, propos recueillis par Thierry Wagner, août 2009.
27 août 2009
Didier Tarquin a dit :
"Ça fait plus de 15 ans que je passe 10 mois par an sur Lanfeust. Forcément, on voit des films, on lit des choses, et on développe des envies parallèles.
Je ne suis pas un chercheur, comme Moëbius. Je me pose beaucoup de questions mais je ne me considère pas comme un intello. Je n'ai rien à prouver. Je prends ça comme un jeu.
Je crois qu'on cherche tous à éviter le spectre de la routine. On a vite fait de devenir employé de sa propre série, alors même que, au départ, on fait ça pour ne pas avoir une vie d'employé ! Alors il faut toujours changer un paramètre ou l'autre. Je ne crois pas que l'on se "remette en question". Je dirais plus qu'on fuit la routine."
Didier Tarquin, dans Avant-Première, propos recueillis par Pierre Malonne, juin-juillet-août-septembre 2009.


















