19 octobre 2009
"Eloge de la bouche" de Bensarade
Éloge de la bouche
Bouche vermeille au doux sourire,
Bouche au parler délicieux.
Bouche qu'on ne saurait décrire,
Bouche d'un tour si gracieux.
Bouche que tout le monde admire,
Bouche qui n'est que pour les Dieux,
Bouche qui dit ce qu'il faut dire,
Bouche qui dit moins que les yeux.
Bouche d'une si douce haleine,
Bouche de perles toute pleine.
Bouche enfin sans tant biaiser,
Bouche la merveille des bouches,
Bouche à donner de l'âme aux souches,
Bouche, le dirai-je ? à baiser.
Isaac de Benserade
(avec un dessin de Milo Manara)
12 octobre 2009
"Parti pris" de Louis Aragon
Parti-pris
Je danse au milieu des miracles
Mille soleils peints sur le sol
Mille amis Mille yeux ou monocles
m’illuminent de leurs regards
Pleurs du pétrole sur la route
Sang perdu depuis les hangars
Je saute ainsi d’un jour à l’autre
rond polychrome et plus joli
qu’un paillasson de tir ou l’âtre
quand la flamme est couleur du vent
Vie ô paisible automobile
et le joyeux péril de courir au devant
Je brûlerai du feu des phares
Louis Aragon, Feu de joie, 1920.
05 octobre 2009
"Rencontres", de Gérard Bourgadier.
Rencontres
A l'heure du perco
Le trav'lo couche tard
Le prolo lève-tôt
Se croisent au comptoir
Sur le mur du bistro
En fixant le miroir
Où glisse le métro
De Barbès-Rochechouard
Ils laissent sans un mot
Se mêler par hasard
Dans la glace à biseau
Leurs regards transitoires
L'espace d'un instant
Je les vois à l'école
Quand ils étaient enfants
Échanger leur cache-col
Ils ont le même geste
En tournant leur café
Et c'est le peu qui reste
De leur fraternité
Le gamin du trav'lo
S'est couvert de paillettes
Sur le dos du prolo
A poussé la musette
Ils se sont faits la paire
Sans s'être retournés
Ils sont partis les frères
Chacun de leur côté
Un quai mal éclairé
Avec sur l'autre rive
Un tout aussi paumé
Sans la même dérive
La foule les emporte
Et sur l'zinc déserté
Reste une nature morte
A la tasse fardée
Gérard Bourgadier
Photographies de Robert Doisneau et Willy Ronis
07 septembre 2009
"Les pierres ont la mémoire longue", de Werner Lambersy
Les pierres ont la mémoire longue (extrait)
Les pierres ont la mémoire longue
Ce sont des êtres sensibles
noués autour d’anciennes convulsions
figées en des raidissements
quasi musculaires
après l’éloignement du feu
qui fut premier
dans la lignée de leurs ancêtres
et dans les spasmes orgiaques
de leur naissance
ce sont des vies
qui portent en elles
sur elles et autour d’elles
les armoiries et les blasons
toute l’héraldique
de la noblesse universelle
du grand Chosier
l’arbre généalogique
des grands dynastes guerriers
et des prophètes méphitiques
du minéral
(…)
Qui n’est pas né d’un ventre aussi fécond et généreux
ne saura jamais
ce que peut un cœur de pierre
qui depuis la nuit des temps
a tutoyé les éléments et tient
registre pour l’homme
où sont inscrites les promesses
de l’air du feu de la terre
et de l’eau
Erosion du silence, poèmes de Werner Lambersy,
avec des photographies de Jean-Pol Stercq, éditions Rhubarbe, juillet 2009.
31 août 2009
C'est la rentrée, dans deux petites journées...
Mon cartable a mille odeurs,
Mon cartable sent la pomme,
Le livre, l’encre, la gomme
Et les crayons de couleurs.
Mon cartable sent l’orange,
Le bison et le nougat,
Il sent tout ce que l’on mange
Et ce qu’on ne mange pas.
La figue et la mandarine,
Le papier d’argent ou d’or,
Et la coquille marine,
Les bateaux sortant du port.
Les cow-boys et les noisettes,
La craie et le caramel,
Les confettis de la fête,
Les billes remplies de ciel.
Les longs cheveux de ma mère
Et les joues de mon papa,
Les matins dans la lumière,
La rose et le chocolat.
Pierre Gamarra
26 août 2009
"Soleil ! Tu fais sauter les dalles du cimetière..."
Printemps et cinématographie mêlées (extrait)
Soleil ! tu fais sauter les dalles du cimetière,
Le blanc de ma baignoire et le blanc des rideaux ;
Tu viens tacher aussi ma gentille volière
Et mécaniquement fais chanter les oiseaux !
Je me souviens. Je me souviens
Du printemps sur l’Océan Indien.
Je me souviens aussi, Panama, de ton isthme ;
Mais n’attendez pas que je fasse de l’exotisme !
De cafés en cafés, les autos en location
Reçoivent des pourboires comme une bonne occasion.
Aux fenêtres, le soir, les gens ont l’air de spectres
Parce qu’on ne tourne plus les boutons électriques.
Et, dans le Luxembourg qu’un blanc choral allume,
Un marchand de corsets joue du cor à la lune.
Sous les épais rideaux de l’avenue du Bois,
Un membre du Jockey apprend l’art du hautbois,
Les pieds de ses valets soulignent les cadences.
Max Jacob
29 juin 2009
"Chanson des oiseaux" de Victor Hugo.
Chanson des oiseaux (extrait)
Vie ! ô bonheur ! bois profonds,
Nous vivons.
L'essor sans fin nous réclame ;
Planons sur l'air et les eaux !
Les oiseaux
Sont de la poussière d'âme.
Accourez, planez ! volons
Aux vallons,
A l'antre, à l'ombre, à l'asile !
Perdons-nous dans cette mer
De l'éther
Où la nuée est une île !
Du fond des rocs et des joncs,
Des donjons,
Des monts que le jour embrase,
Volons, et, frémissants, fous,
Plongeons-nous
Dans l'inexprimable extase !
Oiseaux, volez aux clochers,
Aux rochers,
Au précipice, à la cime,
Aux glaciers, aux lacs, aux prés ;
Savourez
La liberté de l'abîme !
Victor HUGO, La Fin de Satan.
06 avril 2009
"Tous les enfants..." d'Alain Bosquet
LES ENFANTS
Tous les enfants, vous le savez, sont des navires
qu'un proverbe pareil aux brises les plus douces
conduit, syllabe après syllabe, au continent
où les pingouins dorés murmurent des poèmes.
Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux
qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent
leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu'au vertige,
danser sur la grand-place, au milieu des poulains.
Tous les enfants, vous le savez, sont des comètes
venues nous rendre hommage au nom d'un autre azur,
d'une autre vérité, d'une autre fable ; et nous,
adultes par défaut, saurons-nous les convaincre
de s'attarder ici le temps d'un bref bonheur,
avant de repartir chez les étoiles folles ?
Alain Bosquet, Sonnets pour une fin de siècle.
30 mars 2009
Franz Bartelt s'amuse.
Avec le réjouissant mauvais esprit qui peut le caractériser, Franz Bartelt, que nous avons reçu la semaine dernière au lycée Maurice Genevoix, a écrit dans l'excellent Pleut-il ? un texte sur la poésie ; en voici le début :
"Avec les beaux jours vient cette redoutable épreuve qu'on appelle le Printemps des poètes. Il précède de peu cet élan du coeur qu'est la Fête des mères. On attend le joyeux génie qui mettra au point la Fête des mères de poètes."
Et de gloser ensuite sur le beaujolais nouveau et la difficulté d'écrire des poèmes à la gloire de filles prénommées Nadine, Jacqueline, Yolande, Mauricette ou Germaine...
Un peu plus loin dans le recueil, il jongle avec des néologismes :
Poéticule : tas de petits poèmes.
Poétillon : poète sans hauteur et sans envergure. "Le génie ne se bouscule pas au poétillon."
Poétose : maladie qui se caractérise chez les romantiques par un teint blafard (...) "Il mourut d'une poétose mal soignée."
Poétane : gaz émis par les fermentations intimes d'un être qui se livre aux exercices poétiques. "L'air sentait le poétane."
Poétoire : instrument en forme de luth avec lequel le poète part à la chasse aux muses. "Armé d'une vieille poétoire ayant appartenu à Alfred de Musset, Emile Davis s'avançait dans la jungle des adjectifs en asse, hélas !"
Si vous n'avez toujours pas saisi que j'essaie de vous convaincre qu'il FAUT lire Bartelt, c'est à désespérer de votre comprenette...
Lire pour s'émouvoir, voyager, découvrir,
Lire pour rire et être heureux.
19 mars 2009
"Avenue du Maine" de Max Jacob
La deuxième semaine du "Printemps des Poètes", dont le thème est cette année "En rires", va bientôt s'achever.
A cette occasion, la Poste, qui est partenaire de l'opération, édite des cartes que votre facteur vous distribue gentiment. Merci facteur !
Que votre semaine soit poétique !




















