Le blog de Jean-Noël LEBLANC

La petite vie et la grande oeuvre de Jean-Noël Leblanc ! Avec des perles de lycéens, des vaches de profs, des chats peinards, des copains hilares, à boire, à manger, à chanter, à voir, à rêver, à lire, à rire, à sourire. A vivre mieux, peut-être !

19 octobre 2009

"Eloge de la bouche" de Bensarade

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Éloge de la bouche

Bouche vermeille au doux sourire,
Bouche au parler délicieux.
Bouche qu'on ne saurait décrire,
Bouche d'un tour si gracieux.

Bouche que tout le monde admire,
Bouche qui n'est que pour les Dieux,
Bouche qui dit ce qu'il faut dire,
Bouche qui dit moins que les yeux.

Bouche d'une si douce haleine,
Bouche de perles toute pleine.
Bouche enfin sans tant biaiser,

Bouche la merveille des bouches,
Bouche à donner de l'âme aux souches,
Bouche, le dirai-je ? à baiser.

Isaac de Benserade

(avec un dessin de Milo Manara)

Posté par JNLEBLANC à 05:48 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

12 octobre 2009

"Parti pris" de Louis Aragon

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Parti-pris

Je danse au milieu des miracles
Mille soleils peints sur le sol
Mille amis Mille yeux ou monocles
m’illuminent de leurs regards
Pleurs du pétrole sur la route
Sang perdu depuis les hangars

Je saute ainsi d’un jour à l’autre
rond polychrome et plus joli
qu’un paillasson de tir ou l’âtre
quand la flamme est couleur du vent
Vie ô paisible automobile
et le joyeux péril de courir au devant

Je brûlerai du feu des phares

Louis Aragon, Feu de joie, 1920.

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05 octobre 2009

"Rencontres", de Gérard Bourgadier.

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Rencontres

A l'heure du perco
Le trav'lo couche tard
Le prolo lève-tôt
Se croisent au comptoir

Sur le mur du bistro
En fixant le miroir
Où glisse le métro
De Barbès-Rochechouard

Ils laissent sans un mot
Se mêler par hasard
Dans la glace à biseau
Leurs regards transitoires

L'espace d'un instant
Je les vois à l'école
Quand ils étaient enfants
Échanger leur cache-col

Ils ont le même geste
En tournant leur café
Et c'est le peu qui reste
De leur fraternité

Le gamin du trav'lo
S'est couvert de paillettes
Sur le dos du prolo
A poussé la musette

Ils se sont faits la paire
Sans s'être retournés
Ils sont partis les frères
Chacun de leur côté

Un quai mal éclairé
Avec sur l'autre rive
Un tout aussi paumé
Sans la même dérive

La foule les emporte
Et sur l'zinc déserté
Reste une nature morte
A la tasse fardée

Gérard Bourgadier

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Photographies de Robert Doisneau et Willy Ronis

Posté par JNLEBLANC à 06:08 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

07 septembre 2009

"Les pierres ont la mémoire longue", de Werner Lambersy

Les pierres ont la mémoire longue (extrait)

erosionLes pierres ont la mémoire longue

Ce sont des êtres sensibles

noués autour d’anciennes convulsions

figées en des raidissements

quasi musculaires

après l’éloignement du feu

qui fut premier

dans la lignée de leurs ancêtres

et dans les spasmes orgiaques

de leur naissance

 

ce sont des vies
qui portent en elles
sur elles et autour d’elles
les armoiries et les blasons

toute l’héraldique

de la noblesse universelle

du grand Chosier

l’arbre généalogique

des grands dynastes guerriers

et des prophètes méphitiques

du minéral

 

(…)

 

Qui n’est pas né d’un ventre aussi fécond et généreux

ne saura jamais

ce que peut un cœur de pierre

qui depuis la nuit des temps

a tutoyé les éléments et tient

registre pour l’homme

où sont inscrites les promesses

de l’air du feu de la terre

et de l’eau

Erosion du silence, poèmes de Werner Lambersy,
avec des photographies de Jean-Pol Stercq, éditions Rhubarbe, juillet 2009.

Posté par JNLEBLANC à 05:47 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

31 août 2009

C'est la rentrée, dans deux petites journées...

cartableMon cartable


Mon cartable a mille odeurs,

Mon cartable sent la pomme,

Le livre, l’encre, la gomme

Et les crayons de couleurs.

 

Mon cartable sent l’orange,

Le bison et le nougat,

Il sent tout ce que l’on mange

Et ce qu’on ne mange pas.

 

La figue et la mandarine,

Le papier d’argent ou d’or,

Et la coquille marine,

Les bateaux sortant du port.

 

Les cow-boys et les noisettes,

La craie et le caramel,

Les confettis de la fête,

Les billes remplies de ciel.

 

Les longs cheveux de ma mère

Et les joues de mon papa,

Les matins dans la lumière,

La rose et le chocolat.


    Pierre Gamarra


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Posté par JNLEBLANC à 05:54 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

26 août 2009

"Soleil ! Tu fais sauter les dalles du cimetière..."

soleilPrintemps et cinématographie mêlées (extrait)


Soleil ! tu fais sauter les dalles du cimetière,
Le blanc de ma baignoire et le blanc des rideaux ;
Tu viens tacher aussi ma gentille volière
Et mécaniquement fais chanter les oiseaux !
Je me souviens. Je me souviens
Du printemps sur l’Océan Indien.
Je me souviens aussi, Panama, de ton isthme ;
Mais n’attendez pas que je fasse de l’exotisme !
De cafés en cafés, les autos en location
Reçoivent des pourboires comme une bonne occasion.
Aux fenêtres, le soir, les gens ont l’air de spectres
Parce qu’on ne tourne plus les boutons électriques.
Et, dans le Luxembourg qu’un blanc choral allume,
Un marchand de corsets joue du cor à la lune.
Sous les épais rideaux de l’avenue du Bois,
Un membre du Jockey apprend l’art du hautbois,
Les pieds de ses valets soulignent les cadences.

Max Jacob

Posté par JNLEBLANC à 06:15 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

29 juin 2009

"Chanson des oiseaux" de Victor Hugo.

hugo

Chanson des oiseaux (extrait)

Vie ! ô bonheur ! bois profonds,
Nous vivons.
L'essor sans fin nous réclame ;
Planons sur l'air et les eaux !
Les oiseaux
Sont de la poussière d'âme.

Accourez, planez ! volons
Aux vallons,
A l'antre, à l'ombre, à l'asile !
Perdons-nous dans cette mer
De l'éther
Où la nuée est une île !

Du fond des rocs et des joncs,
Des donjons,
Des monts que le jour embrase,
Volons, et, frémissants, fous,
Plongeons-nous
Dans l'inexprimable extase !

Oiseaux, volez aux clochers,
Aux rochers,
Au précipice, à la cime,
Aux glaciers, aux lacs, aux prés ;
Savourez
La liberté de l'abîme !


Victor HUGO, La Fin de Satan.

Posté par JNLEBLANC à 05:51 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

06 avril 2009

"Tous les enfants..." d'Alain Bosquet

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LES ENFANTS

Tous les enfants, vous le savez, sont des navires
qu'un proverbe pareil aux brises les plus douces
conduit, syllabe après syllabe, au continent
où les pingouins dorés murmurent des poèmes.

Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux
qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent
leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu'au vertige,
danser sur la grand-place, au milieu des poulains.

Tous les enfants, vous le savez, sont des comètes
venues nous rendre hommage au nom d'un autre azur,
d'une autre vérité, d'une autre fable ; et nous,

adultes par défaut, saurons-nous les convaincre
de s'attarder ici le temps d'un bref bonheur,
avant de repartir chez les étoiles folles ?

Alain Bosquet, Sonnets pour une fin de siècle.

Posté par JNLEBLANC à 06:09 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

30 mars 2009

Franz Bartelt s'amuse.

Pleut_il_BarteltAvec le réjouissant mauvais esprit qui peut le caractériser, Franz Bartelt, que nous avons reçu la semaine dernière au lycée Maurice Genevoix, a écrit dans l'excellent Pleut-il ? un texte sur la poésie ; en voici le début :

"Avec les beaux jours vient cette redoutable épreuve qu'on appelle le Printemps des poètes. Il précède de peu cet élan du coeur qu'est la Fête des mères. On attend le joyeux génie qui mettra au point la Fête des mères de poètes."

Et de gloser ensuite sur le beaujolais nouveau et la difficulté d'écrire des poèmes à la gloire de filles prénommées Nadine, Jacqueline, Yolande, Mauricette ou Germaine...

Un peu plus loin dans le recueil, il jongle avec des néologismes :

Poéticule : tas de petits poèmes.

Poétillon : poète sans hauteur et sans envergure. "Le génie ne se bouscule pas au poétillon."

Poétose : maladie qui se caractérise chez les romantiques par un teint blafard (...) "Il mourut d'une poétose mal soignée."

Poétane : gaz émis par les fermentations intimes d'un être qui se livre aux exercices poétiques. "L'air sentait le poétane."

Poétoire : instrument en forme de luth avec lequel le poète part à la chasse aux muses. "Armé d'une vieille poétoire ayant appartenu à Alfred de Musset, Emile Davis s'avançait dans la jungle des adjectifs en asse, hélas !"

Si vous n'avez toujours pas saisi que j'essaie de vous convaincre qu'il FAUT lire Bartelt, c'est à désespérer de votre comprenette...

Bonheur

Lire pour s'émouvoir, voyager, découvrir,

Lire pour rire et être heureux.

Posté par JNLEBLANC à 06:34 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]

19 mars 2009

"Avenue du Maine" de Max Jacob

printemps_poetesLa deuxième semaine du  "Printemps des Poètes", dont le thème est cette année "En rires", va bientôt s'achever.

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A cette occasion, la Poste, qui est partenaire de l'opération, édite des cartes que votre facteur vous distribue gentiment. Merci facteur !

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Que votre semaine soit poétique !

Posté par JNLEBLANC à 05:44 - La Poésie du Lundi - Permalien [#]
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