100ème édition du Tour de France

Puisque cette année nous n'aurons pas de Tour de France (est-il utile de préciser "cycliste" ?), il faut lire l'opuscule qu'Eric Fottorino, écrivain, journaliste et ancien directeur du Monde, a consacré au plus glorieux des véhicules à deux-roues.

Son Petit éloge de la bicyclette rend hommage aux grands anciens, coureurs ou suiveurs, avec les fulgurances - les échappées ! - d'un styliste qui nous fait souvent penser à Antoine Blondin, évoqué avec admiration dans un des courts chapitres. Quand il relate les joies et les horreurs de Paris-Roubaix :  "L'"Enfer du Nord" est pavé de mauvaises trépidations." ou quand il nous donne une leçon de vie, entre effort et solidarité : "on pédale seul, mais on n'est rien sans les autres."

Avec lui, il y a "Fotto" sépia : on enfourche son vélo, et nous voilà redevenu petit garçon. Courses de village, cyclo-cross, étapes du Midi-Libre... Autant dire que ces pages-là ont résonné loin en moi, jusqu'au temps des "Orties douces", définitivement liées à cette enfance et à mon père.

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"Depuis toute la vie et pour toute la vie, je pédale. Sur les routes et déroutes qui vont de l'enfance à l'âge qu'on croit adulte, avec un petit vélo dans la tête qui n'en finit pas de me faire tourner en rond sur la terre toute ronde, comme si la vocation première de la bicyclette était d'arrondir les angles du monde.

Mon parcours cycliste est une ligne de vie sur une machine à remonter le temps. Plus je pédale et plus je me souviens. C'est une des magies de la bicyclette que de ramener en arrière pendant que j'avance, pas toujours très vite, mais avec entrain. Eloge premier, fondateur, éternel : le vélo est un jeu d'enfant qui dure longtemps.

Je me revois sur des bécanes trop grandes pour moi, selle trop haute, guidon trop loin m'obligeant à prendre la ridicule position du crapaud sur une boîte d'allumettes. Je me revois essoufflé, mordant l'air de la liberté, le laissant pénétrer jusqu'au fond de mes poumons. Sur le vélo grésille une bien nommée roue libre dont l'apaisante musique ne me quitte pas, même quand je redeviens piéton, sédentaire, immobile et prisonnier du temps des autres."

Petit éloge de la bicyclette, Eric Fottorino, éditions Folio, 2007.