31 octobre 2006
Un être exquis...
Y
Jean Yanne
A chacune de mes lectures du Père Goriot, de Balzac, l’agonie du malheureux vieillard me bouleverse. Ayant achevé la lecture de L’Ours et la Poupée, de Nicole Calfan, je suis triste pareillement. L’actrice y raconte son histoire d’amour avec Jean Yanne et leur séparation, qui dérangea « l’ordre des dieux de l’univers ». Jean Yanne est décédé en 2003, pourtant le récit de sa mort, la description de son corps au funérarium, la détresse de la narratrice, tout concourt à nous faire revivre ces moments douloureux comme s’ils nous étaient contemporains. L’animal disait pourtant lui-même, sous forme de pirouette pudique, lors de la disparition de ses amis : « Ben quoi, il a mouru, et puis c’est tout. »
Touche à tout de génie, Yanne (pseudonyme tiré du surnom que lui donnaient ses parents) commença au cabaret, s’acoquina avec Jacques Martin pour des émissions impertinentes à la télévision et à la radio. Il fut acteur, auteur, musicien et parolier, metteur en scène, producteur. Son goût pour l’irrévérence en font un « père » de Coluche, même si les deux hommes eurent des relations distantes voire méfiantes sur le tournage de « Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ ». Lorgnant du côté des superproductions américaines loufoques (Mel Brooks ou les Monty Python), ses derniers films personnels manquent un peu de force, malgré une imagination toujours décapante.
Satiriste de grand talent dans ses films ou ses livres, Yanne est un homme cultivé capable de le dissimuler sous le génie de la phrase provoc’, la saillie assassine, la trouvaille absurde, tout cela proféré d’un ton goguenard, gouailleur ou faussement naïf. Ses interventions sans frein pendant 20 ans dans les émissions de Bouvard ou Ruquier laissent le souvenir de délires verbaux jubilatoires et parfois magiques.
Anar et libre, s’attaquant à la religion, la politique, la bourgeoisie, déboulonnant les statues, Jean Yanne navigua toute sa carrière entre succès publics et déboires financiers. Le livre de Nicole Calfan nous restitue la sensibilité de l’homme, tandis que les compilations récentes de ses textes (au Cherche-Midi) nous rappellent son humour souvent féroce :
« L’amour, c’est un sport. Surtout s’il y en a un des deux qui veut pas. »
« Qui ovule un œuf, ovule un bœuf. »
« Mon principal talent d’acteur ? Je ne suis pas cher. »
« -J’ai beau me forcer, le 14 juillet ne m’évoque rien. Noël non plus, la République, la patrie, le sens du devoir… -Alors à quoi êtes-vous sensible ? –Au camembert. »
« Quand on prend le temps de bien regarder les monuments aux morts, on finit par se dire que finalement ça ne fait que gâcher quelques places de parking."
" Encore un enseignant agressé... On va finir par les faire rémunérer directement par la Sécu !"
" Pourquoi s'échine-t-on à faire des travaux en ville, souvent à des carrefours en plus, alors qu'on pourrait très bien les faire en forêt de Rambouillet où ça ne gênerait personne."
J’aime ce type pour sa liberté de ton, ses excès parfois, la causticité de son esprit. Et son inventivité géniale, à retrouver notamment dans le Dictionnaire des mots qu’y a moi qui les connais.
21 septembre 2006
Avec Vincent, le quotidien n'est pas si chiant
D
Vincent Delerm
Mais QUI m’a fait découvrir Vincent Delerm ? SoSo ? M ‘n M ? Ce dandy dont les humoristes raillent le minimalisme et la fumisterie. Quoi, ce type qui travaille, écrit, chante et vit en dilettante ?!
Apparence.
Et comme j’apprécie l’écriture de son père, Philippe (qui dans sa Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules a magnifié ces petits moments de vie ciselés d’émotions subtiles), j’aime les chansons de Vincent, impressionnistes.
Ce garçon plein d’humour n’hésite pas, comme d’autres artistes de sa génération, dits « de la nouvelle scène française », à reprendre en concert les chansons des années 70-80, à les réhabiliter lors de duos sur scène (et pas uniquement devant les caméras de télévision, dans le cadre « festif » et commercial d’émissions événementielles). Comme Gainsbourg à ses débuts, un pianiste entre rive-gauche et variété pop, entre l'art et le second degré.
(Dis, est-ce que tu picoles, Vincent ?)
A cent lieues de l’énergie de Bénabar, un peu son jumeau qui aurait bu tout le lait, laissant son frangin Vincent un peu anémique sur le sein de la nourrice : Bruno aurait joué franco avec un téton, pendant que Vincent aurait susurré ses délires à l’autre !
Dès son premier album, ses mélodies qui paraissent se ressembler, sa diction semi-chantée (ou l’inverse, si l’on préfère), tout peut agacer.
Après quelques écoutes cependant, j’ai vite été conquis par de petites tranches de vie, entre tendresse et ironie, l’humour noir de certaines situations, la nostalgie et les non-dits, le petit matin qui suit le début d’une histoire d’amour, une ancienne amoureuse qu’on retrouve dans les allées d’un zoo, les voisins de table inconnus que l'on subit lors d'un mariage, et avec qui l'on tente d’entretenir une conversation si vide et si désopilante.
J’aime ce type qu’on jugerait neurasthénique si on ne l’écoutait pas vraiment, et tellement drôle en réalité. Retournez vite écouter sa nouvelle chanson sur le site de Tôt ou Tard ! « Il fait si beau… »
Eh, Vincent, quand tu veux tu viens au lycée pour nous parler de ton écriture, je t’invite !
09 septembre 2006
Maître Renard
R
Jules Renard
Peut-on s’enorgueillir personnellement de la promiscuité géographique avec une célébrité, franchement ?!
Ben oui… J’ai découvert tardivement que Jules Renard était nivernais (moi qui ne le suis pas d’origine), qu’il fut élève à Nevers, au lycée… Jules Renard (Ah bon, c’est donc pour ça !...) et qu’il y avait toujours gardé ses attaches, jusqu’à devenir maire d’une petite commune, Chitry-les-Mines, où l’on célèbre encore son illustre présence. Faudra prévoir un pèlerinage un de ces jours.
Notre Jules aura très tôt conscience de ses capacités, ses facilités, son talent ; en atteste son Journal, rédigé dès 1887 et jusqu’à sa mort, en 1910. Quel dommage que sa famille en ait censuré (brûlé !) des pages avant d’autoriser sa publication.
L’ouvrage n’est pas un simple journal intime, mais bel et bien à la fois un mémento d’anecdotes de sa vie littéraire ou privé, un carnet d’idées et un brouillon préparatoire : y fourmillent vacheries bien senties, descriptions fines, saynètes cocasses. On dévore le Journal comme un gros mille-feuille, en attaquant au choix par la crème ou le chocolat. On y fréquente avec lui tout ce que Paris compte de beaux esprits, les Guitry, Courteline, Alphonse Allais, Léon Daudet, Edmond Rostand, Alfred Capus, Tristan Bernard…
Créateur de Poil de carotte, ce gamin mal-aimé (le rouquin, c’était lui), qu’il faut relire d’urgence avec nos yeux d’adulte (ou d’ado dégrossi) : quelle pudeur et quelle force à la fois !
Jules Renard est aussi un poète. Le début de ses Histoires naturelles l’atteste :
« Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son cœur pur, son corps léger comme un vêtement d’été. Il n’emporte point de provisions. Il boira l’air frais en route et reniflera les odeurs salubres. Il laisse ses armes à la maison et se contente d’ouvrir les yeux. Les yeux servent de filet où les images s’emprisonnent d’elles-mêmes.
La première qu’il fait captive est celle du chemin qui montre ses os, cailloux polis, et ses ornières, veines crevées, entre deux haies riches de prunelles et de mûres.
Il prend ensuite l’image de la rivière. Elle blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules… »
Parce que, pour moi, avant tout, Maître Renard est un styliste : une recherche comme alchimique du mot juste, de la vacherie affinée. Un trait d’esprit ne porte pleinement –comme une lame de Tolède– que s’il est aiguisé, sans défaut, sans aucune aspérité qui « accroche », et c’est le cas pour les mots de Jules Renard :
« Le monsieur qui nous dit : Et moi aussi, j’ai passé par là ! Imbécile ! Il fallait y rester ! »
« Etre franc, c’est marcher sur les pieds des autres en le faisant exprès. »
« Il y a des gens odieux qu’on ne peut pas se lasser de voir, qui sont de vieilles habitudes de haine. »
« Il y a des gens si ennuyeux qu’ils vous font perdre une journée en cinq minutes. »
« Un croyant crée Dieu à son image ; s’il est laid, son Dieu est laid. »
« Bigotes. Elles couchent avec Dieu le dimanche, et le trompent toute la semaine. »
Chez nous, dans la Nièvre, « Jules Renard » est un lycée. Il serait grand temps de redécouvrir que c’était un type et un écrivain formidable.
28 juin 2006
Des filles extra !
D
Les « Desperate Housewives »
J’aime Edie parce qu’elle est blonde, qu’elle assume son physique, qu’elle aime le sexe sans complexe, qu’elle est un peu rejetée par les autres à cause de sa vie atypique, et parce qu’elle est humaine.
J’aime Lynette parce qu’elle est vaguement blonde, stressée, débordée, mère désemparée, épouse énervée, et parce qu'elle est humaine.
J’aime Gabrielle parce qu’elle est brune, superficielle, égoïste, qu’elle aime la vie luxueuse, l’amour et le plaisir, et parce qu’elle est humaine.
J’aime Susan parce qu’elle est brune, naturelle, fraîche, spontanée, naïve, piquante, attendrissante, et parce qu'elle est humaine.
J’aime Bree parce qu’elle est auburn, attentive, tatillonne, maniaque, attachée aux traditions et aux apparences, mais finalement désespérée, et parce qu'elle est humaine.
Ces filles, je les aime !
(avec un petit coup de cœur supplémentaire pour Susan (et Bree !))
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Moi ma préférée, c’est Susan car elle est vraiment très marrante sans le vouloir, elle est déjantée, j'aime bcp cette série !!!! Jess
Naaaaaaaaaaaaaaaaan vous regardez Desperate Housewives ?? alors là chapeau pour un fois que vous avez bon goût !!!! en plus vous avez raison ces femmes desespérées dont humaines (et oui quelle déduction !!)
moi je les adore toutesssss mais juste un petit moins pour lynette qui est comment dire... moins marrante que les autres.... fin c'est mon avis !!
non c'est vrai que je suis assez surpris que vous regardiez cette série. Thomas (un ex 1ère L ^^ qui ne vous aura plus l'année prochaine)












