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"L'écriture du recueil Rebelles, un peu m'a pris environ neuf mois. Pour chaque nouvelle, ça dépend. Il y a des nouvelles, c'est comme un éventail, tac tac tac, et après, ça se replie, c'est nickel, mais le plus souvent il faut beaucoup de réécriture. On sait quand ça va pas, quand le fil n'est pas parfaitement tendu. Je les oublie un peu avant de les reprendre, comme si elles n'étaient pas de moi. 

Pour la nouvelle, j'ai besoin de savoir la fin, la chute. Pas une fin choc, mais il faut réussir à fermer la nouvelle. C'est une histoire qui doit être très visuelle, une vision instantanée de l'autre par l'intérieur. Il faut une connaissance globale du personnage, même si on ne le raconte pas : c'est l'écriture qui me permet de découvrir le personnage, son histoire. La nouvelle, c'est l'image forte. C'est comme une paire de claques, ça réveille. C'est différent du roman. Le roman, c'est le doute perpétuel : je pars sans idée du livre, sans thème, sans personnage. Une sorte de climat et une sorte d'envie. Je sens une sorte de présence, comme si un fantôme rentrait dans votre chambre. 

Je respire mieux quand j'écris des nouvelles. Quand j'écris un roman, je ne sais jamais si je vais pouvoir avancer encore. J'ai l'impression que je rentre dans un tunnel, et c'est tout noir. C'est une espèce de labeur long, lent et pénible, sauf quand le roman tombe du ciel, quand le livre est « donné ». Alors c'est sur des rails et ça décolle..."

Claire Castillon (propos recueillis à Decize, 
au lycée Maurice-Genevoix, janvier 2018)