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"Quand j'étais lycéenne, je lisais beaucoup. Pour fuir. La lecture était une façon de me réfugier dans une bulle totale, avant que je n'écrive. Aujourd'hui, quand j'écris, j'ai toujours peur de la « contamination » des autres livres. Certains auteurs sont trop intenses, trop lancinants. J'ai peur de l'attraper, de faire pareil mais en moins bien. 

Quelles études faut-il suivre pour être écrivain ? Il faut faire l'étude de soi, des autres. Regarder. Être. Côtoyer. L'étude au microscope des choses humaines. J'ai un DEUG de Lettres modernes, je me demande encore comment je l'ai eu. Les études, c'est pour se nourrir, pas pour nourrir l'écrivain. Pour être écrivain, il faut être un peu exhibitionniste. Ne pas avoir trop de pudeur avec ses sentiments, ses envies, ses monstruosités. Passer un pacte avec soi : avoir la capacité de ne pas être gêné, même quand c'est moche, bizarre, un peu nul. Et ne jamais perdre le souci de dire les choses, de ne pas les masquer, sans vouloir faire plaisir à tout le monde. La plus grande qualité de l'écrivain, c'est l'égoïsme total. C'est ça, les qualités d'un auteur : être obsessionnel, et travailleur. 

Les livres que j'aime écrire, c'est ceux qui me manipulent, c'est la vitesse qui me grise. Un livre, il est là tout le temps. Tout ce que je fais doit être utile. Il va falloir que ça alimente le livre. Même la frustration. Tout concourt à l'écriture du livre. Quand je n'écris pas, j'ai un manque. Ma seule obsession, c'est d'écrire."

Claire Castillon (propos recueillis à Decize,
au lycée Maurice-Genevoix, janvier 2018)