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François Morel sur son site

"Quand j'étais petit, à la fin de l'année dans la salle des fêtes, ou à la communion de ma sœur, je montais sur la table pour chanter une chanson, et à ce moment-là j'avais le sentiment de vivre plus ! Et puis il y a le goût de l'émotion à travers les mots. Gamin, j'écoutais à la radio Gérard Sire, le complice de Jean Yanne, qui avait une très belle voix, et écrivait des histoires un peu surréalistes. Je regardais aussi beaucoup Le grand échiquier. Je me rappelle Bernard Haller y disant un texte de Jean-Claude Carrière : un type monte un escalier et se rend compte que les marches sont des lames de rasoir. J'aimais cette invention.

J'avais déjà publié un récit, Meuh ! L'histoire d'un garçon qui racontait sa transformation en vache laitière, ce qui compliquait bien sûr énormément sa vie et celle de ses parents… Mais j'écris principalement pour être dit. La finalité, c'est la scène ou la radio, il faut que je me méfie de ne pas faire de sous-littérature.

Je suis ­venu à la chanson après qu'on est allés écouter en famille Georges Moustaki, en concert à Flers, la petite ville près de chez nous, dans l'Orne. Et ensuite, j'ai acheté les 33-tours de Brassens, je les écoutais en boucle, je les trouvais d'une richesse inouïe. Mes références sont françaises : Marcel Aymé, René Fallet, Brassens, donc.

Mes goûts littéraires m'emmenaient vers le subventionné, mais mon tempérament comique plutôt vers le boulevard, lequel ne me tentait pas beaucoup. Il se trouve que j'avais déjà vu Jérôme Deschamps à Caen, dans un spectacle qui, je crois, s'appelait Les Oubliettes. La salle était divisée. Moi, j'avais adoré : j'avais ri, j'avais été ému. J'y voyais l'incarnation de la modernité et, en même temps, cela m'évoquait des gens de mon enfance : un voisin de ma grand-mère, un journalier qui parlait trop fort.

Chaque vendredi, j'essaie de surprendre, de me surprendre, de ne pas me répéter. Quand j'ai lu que j'étais un type gentil, j'ai écrit des chroniques un peu plus violentes. Il ne faut pas que ce soit un robinet d'eau tiède, ces quatre minutes, il faut affirmer ce qu'on est, ce qu'on veut. Je dis ce que je pense, mais j'essaie de faire en sorte que quelqu'un qui ne voterait pas comme moi puisse m'écouter jusqu'au bout. Par exemple, à propos du mariage pour tous, j'avais écrit une chronique en forme de microfiction : en 2053, un couple d'homosexuels un peu réac poussant son enfant au mariage… Je fais attention de ne pas être populiste. On tombe facilement là-dedans. 

Dans ce que j'écris, il y a un fond de vrai, mais c'est un peu comme dans les rêves : on prend la réalité, on la broie, on la tord. Mais j'ai du mal à parler de tout cela. Souvent je ne sais ce que je pense que quand j'ai fini d'écrire quelque chose. Je me dis : Tiens, je suis d'accord avec moi."

François Morel  (propos recueillis par Aurélien Ferenczi pour Télérama, février 2013)

L'interview intégrale : François Morel, un vrai chic type - Télérama.fr