"J'ai commencé à écrire à l'âge de 13 ans, de façon totalement spontanée. Cela faisait deux ans que le Burundi était plongé dans la violence et la guerre. Je vivais dans un environnement de mort et de peur et l'écriture a agi comme un baume apaisant. Dans mon roman, je me suis inspiré de ce sentiment lié à ma découverte de l'écriture pour décrire la rencontre du narrateur, Gabriel, avec la lecture. Gabriel y trouve du réconfort.

 

Ecrire m'oblige à être attentif au monde, à tenter de le traduire ou de le retranscrire, à le réinventer aussi. La pratique de l'écriture développe chez moi un sens plus accru de l'observation des détails, des petits riens et des silences. Ecrire ce roman était également une façon de dérouler le fil d'une histoire qui m'avait échappé.

 

La langue nous sort de notre solitude, elle ouvre aux autres et au monde. J'aime les sonorités de la langue française, sa force lyrique et poétique. C'est aussi une langue du métissage, une langue généreuse qui s'enrichit tous les jours de nouveaux horizons, de nouvelles empreintes, et pour cette raison, j'ai pu inventer ma propre langue à l'intérieur du français, mes propres expressions, trouver ma musicalité.

 

Peu importe la forme que ça peut prendre (poèmes, chansons, romans). J'ai surtout l'envie de continuer à raconter des histoires, d'inventer des univers de poésie et de musique, d'échanger avec d'autres artistes. Toutes les formes d'écriture m'intéressent du moment que l'on peut y injecter une part de poésie. Mon véritable amour d'écriture et de lecture reste avant tout la poésie."

 

Gaël Faye  (propos recueillis par Mélanie Carpentier pour Carrefour Savoirs, août 2017)    Son site : Gael Faye