Extraits d'un texte écrit par Christiane Taubira sur sa page Facebook, juste après l'attentat de Nice, et avant les horreurs qui ont encore suivi.

‘’…D’une beauté sauvage…Jusqu’à ce grand saccage…’’ (Jean Ferrat)

Face aux risques, délaisser les querelles politiciennes, privilégier l'analyse politique et articuler l'action immédiate et à terme.
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Nice et cette nuit de cauchemar. Des enfants couraient, riaient, criaient, insouciants et espiègles car c’est à tous sauf à eux-mêmes de veiller sur eux. Ce fut un charivari en toutes langues. Les sons de peur, d’alerte, d’horreur se confondaient en autant d’éclats polyphoniques d’une même voix, humaine, tant humaine, épouvantée par tant de haine, de fureur et de folie.

Nice et sa promenade après Paris et ses terrasses, ses acrobates du crayon, ses croyants ses incroyants, ses uniformes et ses passants, c’est toujours le goût de la fête qui exaspère, celui de la rencontre, de la musique et du sport, la joie de flâner, la saveur des choses et le secret des êtres, l’évidence de la différence, le plaisir de vivre. Comme à Munich, la vie en plein air, la légèreté d’un weekend d’été, les sorties en famille, la gaieté en musardant dans le tohu-bohu.

Massacrer aveuglément, frapper tous pour effrayer chacun, instiller ce sentiment de vulnérabilité collective et de fragilité personnelle, se faire les grands-clercs de cet entre-deux, ‘’ce clair-obscur d’où surgissent les monstres’’ (Gramsci), tel est l’ouvrage funeste.

Trois attentats horriblement meurtriers en dix-huit mois, tant de personnes absentes assassinées, tant de personnes qui luttent aujourd’hui encore pour rester parmi nous, de blessées dont les cicatrices de l’âme saigneront plus longtemps que celles du corps, et cette sensibilité à fleur de peau qui fait se crisper au moindre bruit inhabituel, une sirène et l’angoisse s’invite. La peur en ces circonstances est normale. Elle est même saine. Une preuve de lucidité. Une condition de préservation.

Des questions sont légitimes. Si les personnes qui savent qu’elles ne se remettront pas de sitôt de l’absence et des absences, ont le droit, y compris sur tous les tons du moins dans l’immédiat, de poser toutes les questions qui les taraudent, ces questions ne peuvent servir de paravent ni à des calculs électoraux, ni à des concours de notoriété. Il ne suffit pas de faire tapage pour faire oublier des décisions qui ont contribué au chaos, offrant des bases d’organisation, de repli ou de recrutement à ceux qui nous menacent et nous attaquent. Il ne suffit pas de martialité pour masquer le choix de la guerre sans préparation de la paix.
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Ni guerre ni paix.

Ni guerre. Où se trouve le front ? Quel est le lieu où, face à face, s’affronteraient tous les courages ? Quelles sont les revendications ? Quel pourrait être le point d’appui de quelconques pourparlers ? Sur quel contenu pourrait-on y mettre fin ? Quelle date pourrait-on fixer pour convenir de cette fin et de ses conséquences ? Ni guerre.

Ni paix. Tant de morts ! Pris au dépourvu par la lâcheté d’assauts qui, dans le paradoxe de la détestation aliénante, visent et révèlent en même temps une mixité sociale et culturelle, une convergence d’habitudes, des lieux communs à tous les prénoms, tous les métiers, toutes les conditions, toutes les ardeurs. Nos morts, et cette crainte qui s’installe au cœur de nos esprits.

Ni guerre. Ni paix.
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Nous devons gagner la bataille du recrutement. Et si j’en fais un leitmotiv depuis plus d’un an et demi, c’est parce que là se trouve le cœur d’une action publique méticuleuse, rigoureuse et durablement efficace. Elle n’est pas exclusive de l’action militaire ciblée sur les arsenaux et logistiques ; de l’action diplomatique opérant sur les rapports de force ; de l’asphyxie financière. Mais face à cette armée innombrable qui se lève de partout, assécher le terreau où germe, pousse, jaillit cette monstruosité si froide qu’elle paraît intoxiquée, tel est le défi. L’endoctrinement religieux ne suffit pas à expliquer. Nous le savons depuis que la proportion, en constante progression, de convertis récents passés à l’acte en quelques semaines révèle davantage une emprise sectaire qu’une quelconque illumination à mission vengeresse. C’est pour cela que, dès le premier trimestre 2015, j’ai fait former le personnel pénitentiaire à détecter et déconstruire ces méthodes sectaires. 
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Nous avons à agir, vite et mieux, à l’interne et à l’international.
Nous sommes habitués à vivre en paix ; nous n’avons ni les réflexes de la guerre, ni ceux, plus utiles, de cet entre-deux difficile à définir dans sa nature et sa durée. Nous avons besoin de sûreté, ce droit imprescriptible inscrit dans la Constitution par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. La sûreté inclut la préservation de nos libertés individuelles et publiques. Il convient de les organiser, pas de les opposer. Il revient à la puissance publique de trouver, et ce n’est pas simple, la souplesse qui permette d’ajuster le dispositif de sécurité aux multiples formes des attaques, dans la proportionnalité qu’exige l’Etat de droit, campé sur ses institutions solides.
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Au plan interne, certains de nos territoires ne peuvent juste continuer à servir de repoussoirs, de paradigmes de l’échec sans responsabilité ni individuelle ni publique, de défouloirs globaux, au mépris des multiples réussites et résistances à la fatalité qui s’y déploient. Si le terrain est bien celui des esprits et le champ de conquête celui du processus d’affiliation et du sentiment d’appartenance, il nous reste à y faire vivre vraiment la République. A donner consistance et constance à l’ambition d’égalité. C’est la condition à la fois de notre honnêteté sur nos valeurs, et de la sécurité de nos enfants. Ceux qui font commerce de la peur, de l’angoisse, de la douleur d’autrui et vocifèrent sans respect des larmes, la ‘’clique sinistre des chercheurs de basses flatteries’’ qui privilégient leurs intérêts partisans ou leur impatience à s’emparer du pouvoir d’Etat, continueront d’éructer. Nous, nous savons qu’une société d’exclusion et de rejet n’est qu’une immense et sordide promesse de malheurs.

‘’La liberté et l’égalité s’impliquent l’une l’autre’’ démontrait Cornelius Castoriadis. Pourquoi il nous apparaît urgent d’œuvrer au retour du Politique, cet espace où les intelligences et les énergies se confrontent et créent ensemble les en-commun possibles.

Christiane Taubira"   En intégralité ici : (76) Christiane Taubira

En 2015, Zineb El Rhazoui sur RMC :

Zineb

"Ce que nous devrions comprendre c'est que Daesh n'est que la forme conjoncturelle d'un problème qui existe depuis bien plus longtemps et qui continuera à exister quand Daesh disparaitra. Nous réussirons peut-être autant à détruire Daesh que les Etats-Unis ont réussi à détruire Al-Qaïda. Le ver est dans le fruit, le problème c'est qu'ici en France, nous produisons des terroristes, nous produisons cette idéologie de mort et nous la produisons non pas à cause de notre système scolaire.

Nous avons accepté d'être les otages de cette façon de penser qui fait que quand nous nous en prenons aux plus radicaux des musulmans, nous sommes tout de suite taxés de racisme. La France n'a pas de leçon à recevoir de ces assassins dont la plupart sont alignés avec des pays qui sont bien plus racistes que la France.

En France, nous avons bien plus de musulmans que dans les organisations terroristes, il faudrait que nous arrêtions d'accepter que ces pleurnichards de la stigmatisation derrière leurs burqas ou leurs barbes nous imposent leur standard radicalisé comme étant le standard de toute une identité dans ce pays. Nous n'avons pas à céder à ça. On peut s'indigner que la messe soit donnée en latin mais on ne peut pas mettre notre nez dans ce qui se passe dans les mosquées.

Tant que ce discours-là sera abandonné à l'extrême droite, tant que les formations politiques classiques continueront à penser qu'en dénonçant cela elles peuvent être taxées de racisme on continuera à rester dans ce désespoir-là. Pour moi l'islam n'est pas une race, la radicalité n'appartient à aucune race et le dénoncer c'est se référer à des principes démocratiques. Nous devons comprendre qu'il est temps d'arrêter de transiger sur les violations faites à la démocratie, à l'égalité hommes-femmes au nom du différentialisme culturel."

Zineb El Rhazoui sur RMC: « Il faudrait arrêter d'accepter que ces pleurnichards de la stigmatisation nous imposent leur standard »