PaletteC'est le printemps ! Ouvrez vos fenêtres, laissez entrer la saison nouvelle ! Monet nous offre cette scène de saison, puisque nous pouvons enfin sortir de nos maisons.

Femmes au jardin est l'un de mes tableaux préférés, (avec Femme à l'ombrelle - ce motif de l'ombrelle est fréquent dans ses tableaux : nos dames devaient se protéger du soleil, et l'accessoire donne une contenance au modèle) peint bien avant que Monet et ses amis ne créent l'Impressionnisme en 1874. L'un des premiers peints en plein air, le tableau est refusé par le jury du Salon de 1867.

La suite de son histoire est amusante : acheté par son ami peintre Frédéric Bazille, ce tableau sera échangé par le père de Bazille contre un portrait de son fils peint par Renoir et appartenant à Edouard Manet, puis rendu par ce dernier à Monet à la suite d'une brouille entre les deux peintres (source http://www.culture.gouv.fr/). Acquis par l'Etat, il est d'abord affecté au Musée du Luxembourg, puis au Louvre, enfin au Musée d'Orsay depuis 1986.

femmes_au_jardin

Claude Monet, Femmes au jardin, vers 1866.

Tout semble tourner autour de l'arbre central : les personnages, les fleurs, l'ombre... Car Monet joue ici sur les contrastes entre cette ombre et l'éclat de la lumière : quelle blancheur sur la robe de Camille, assise dans l'herbe que parsèment quelques fleurs ! Des fleurs en bouquet pour elle, ainsi que pour le personnage debout, puis en bosquet derrière. N'oublions pas que nous nous trouvons dans le jardin de Monet - mais pas encore à Giverny, paradis floral ! 0mbres, lumières, branches, allée grignotée par l'ombre, les lignes, abondent et dansent en des courbes gracieuses, en mouvement dans les robes, du moelleux, du soyeux, du parfum. 

A rapprocher des deux tableaux peints en 1874 par ses amis Renoir et Manet :

_douard_Manet_La_famille_Monet_jardin_Argenteuil

Edouard Manet, La famille Monet dans son jardin à Argenteuil, 1874.

Renoir_Mme_Monet_et_son_fils

Pierre-Auguste Renoir, Madame Monet et son fils, 1874.

D_jeuner_sur_l_herbeAvant de devenir l'épouse de Monet en 1870, Camille Doncieux fut le modèle favori du peintre ; elle prêta notamment ses traits au personnage féminin central du fameux Déjeuner sur l'herbe (vers 1865-1866).

Sa mort à l'âge de 32 ans est un drame pour Monet, qui ne peindra que plus rarement des personnages, les paysages l'emportant dans la suite de son oeuvre. Il trouvera -Dieu sait comment !- la force de lui offrir un dernier portrait, sur son lit de mort ; le roman de son ami Zola, L'Oeuvre, nous offre une scène analogue et douloureuse.