PaletteFévrier a refermé sa porte, mais le froid et la pluie se réinstallent. Besoin de chauffer nos maisons humides ? Faisons appel aux "déchargeurs de charbon" (également nommés "les charbonniers") que Monet est allé rencontrer pour nous. Une oeuvre atypique chez lui : bien éloigné de la peinture sociale, peut-on vraiment dire qu'il partage la peine de ces travailleurs déchargeant les péniches près du pont d'Asnières, sur la route d'Argenteuil ? La Révolution industrielle bat son plein ; et la révolution esthétique ?

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Claude Monet, Les déchargeurs de charbon, vers 1875.

Notre peintre a-t-il été frappé par le contraste de lumière et d'ombres ? Monet use ici de tons sombres, d'un vert-de-gris luisant. Enfilade de ponts, enfilade de péniches... Le fleuve s'en va, là-bas, vers le lointain, mais notre horizon est annihilé par cette "barque", et ces planches perpendiculaires qui remontent à la rive et qui coupent notre premier plan par une barrière de travail. La Seine n'est plus le fleuve joyeux des canotages festifs : les cheminées fumantes remplacent les arbres, les silhouettes à contre-jour, fines, maigres, identiques, dépersonnalisées,  aux gestes réitérés, ne sont plus que des fourmis esclaves et industrieuses, anonymes et remplaçables à l'infini.

Charbonnier_gerbexIntéressante comparaison possible avec "Le Coltineur de charbon" par Henri Gervex (1852-1929), une étude  conservée au Musée de Lille.

La difficulté du labeur est ici fortifiée en la personne d'un seul travailleur. L'identification est alors plus personnelle, l'émotion rendue plus sensible par la proximité :

c'est un homme, dont nous connaissons le visage, pas une silhouette lointaine parmi tant d'autres -même si cet anonymat chez Monet est probalement signifiant.

Allez, repartons pour un magnifique voyage à l'intérieur des toiles de Monet, en musique (merci à Rose pour cette sublime découverte !) : http://www.monet2010.com/fr#/voyage/