PaletteCe dimanche, l'année s'achève sans avoir retrouvé les flocons de ces dernières semaines. Voici pour compenser et pour clore 2010 l'un de mes tableaux de neige préférés. Monet l'a peint pendant l'hiver 1868-1869 dans les environs d'Etretat, en ce pays de Caux qu'il affectionne tant.

Ce tableau magnifique, que l'on trouve aujourd'hui décliné en posters, en cartes postales, fut refusé au Salon de 1869 !

Monet___La_pie

Claude Monet, La Pie, 1868-1869.

Tableau de neige, vue grandiose aux larges étendues blanches ? Sûrement pas ! Chez Monet, la neige est revêtue de nuances, de taches, d'ombres. Éclatante sur les branches noires dénudées pour révéler un fort contraste, elle se pare d'un doux bleu dans ses ombres. Paysage de plein air, cher à nos impressionnistes, paysage sans présence ? Pas tout à fait : un personnage est sacré vedette de ce tableau, discrète : "la frêle note d'une pie posée sur un portail comme sur une portée musicale", comme le dit si joliment Hervé Lewandowski sur le site du Musée d'Orsay. J'y vois aussi le discret gardien du ciel et de la terre, sur l'échelle dressée dans une trouée libre d'arbres. La pie se fait médiatrice, intermédiaire entre le pré où se trouve le peintre et la propriété, la maison derrière la haie. Il s'agit pour nous, ainsi que Monet en son hiver 1868, d'en saisir l'instant, fragile et fugace, et nous retenons notre souffle devant la toile, nous n'osons bouger, comme si la pie pouvait s'envoler...

Joyeuses fêtes à tous !