Si même les arbres meurent, de Jeanne BENAMEUR

Si_meme_les_arbres_meurent

Le début : "Cela fait maintenant trois heures que Céline et Mathieu se tiennent la main. Pas un des deux n'a lâché l'autre une seconde. Leurs doigts sont soudés. Soudés frère-soeur. Céline ne sait même plus si elle serre ou pas. Depuis le coude tout son bras est engourdi. Elle pense juste que c'est bien que Mathieu soit gaucher et elle droitière. Ça tombe bien pour se tenir les mains.

Si elle était à la maison elle aurait déjà entendu trois fois le coucou. Elle aurait couru dans l'entrée pour le voir sortir de sa boîte et  regarder le petit bonhomme en bois qui ouvre sa fenêtre. Et elle l'aurait encore raté. Comme toujours.

Mais ici, il n'y a pas de bruit. Même leurs voix sont étouffées. On a l'impression que tout ce qui bouge, tout ce qui se déplace dans l'air, c'est de trop."

Céline et Mathieu attendent, dans un couloir d'hôpital, des nouvelles de leur père, dans le coma entre la vie et la mort. Anéantie par sa douleur, leur mère ne peut les aider. Spectateurs impuissants, les deux enfants complices s'inventent un monde imaginaire dans lequel leur père, l'homme des montagnes, devient Grand Aigle, un héros plus fort que la mort grâce au pouvoir de leur pensée.

Couleurs froides de l'hôpital, les couloirs blancs et la chambre bleue où il repose ; la chaleur quitte son corps, le soleil quitte son visage irrémédiablement et les yeux verts demeurent cachés sous des paupières closes.

Il faudra toute la sagesse du balayeur du sous-sol de l'établissement, Issaïa, pour que les enfants puissent prendre une distance avec leur peine, qu'ils acceptent ce départ, et comprennent que par delà le temps et la disparition terrestre, l'amour ne meurt pas.

L'effondrement que provoque le deuil est puissamment observé. Difficile de ne pas verser quelques larmes à la lecture de ce récit très émouvant.

Si même les arbres meurent, de Jeanne BENAMEUR, aux éditions Thierry Magnier, 2000.