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Jules Renard

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Peut-on s’enorgueillir personnellement de la promiscuité géographique avec une célébrité, franchement ?!

Ben oui… J’ai découvert tardivement que Jules Renard était nivernais (moi qui ne le suis pas d’origine), qu’il fut élève à Nevers, au lycée… Jules Renard (Ah bon, c’est donc pour ça !...) et qu’il y avait toujours gardé ses attaches, jusqu’à devenir maire d’une petite commune, Chitry-les-Mines, où l’on célèbre encore son illustre présence. Faudra prévoir un pèlerinage un de ces jours.

Notre Jules aura très tôt conscience de ses capacités, ses facilités, son talent ; en atteste son Journal, rédigé dès 1887 et jusqu’à sa mort, en 1910. Quel dommage que sa famille en ait censuré (brûlé !) des pages avant d’autoriser sa publication.

L’ouvrage n’est pas un simple journal intime, mais bel et bien à la fois un mémento d’anecdotes de sa vie littéraire ou privé, un carnet d’idées et un brouillon préparatoire : y fourmillent vacheries bien senties, descriptions fines, saynètes cocasses. On dévore le Journal comme un gros mille-feuille, en attaquant au choix par la crème ou le chocolat. On y fréquente avec lui tout ce que Paris compte de beaux esprits, les Guitry, Courteline, Alphonse Allais, Léon Daudet, Edmond Rostand, Alfred Capus, Tristan Bernard…

Créateur de Poil de carotte, ce gamin mal-aimé (le rouquin, c’était lui), qu’il faut relire d’urgence avec nos yeux d’adulte (ou d’ado dégrossi) : quelle pudeur et quelle force à la fois !

Jules Renard est aussi un poète. Le début de ses Histoires naturelles l’atteste :

« Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son cœur pur, son corps léger comme un vêtement d’été. Il n’emporte point de provisions. Il boira l’air frais en route et reniflera les odeurs salubres. Il laisse ses armes à la maison et se contente d’ouvrir les yeux. Les yeux servent de filet où les images s’emprisonnent d’elles-mêmes.

La première qu’il fait captive est celle du chemin qui montre ses os, cailloux polis, et ses ornières, veines crevées, entre deux haies riches de prunelles et de mûres.

Il prend ensuite l’image de la rivière. Elle blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules… »

Parce que, pour moi, avant tout, Maître Renard est un styliste : une recherche comme alchimique du mot juste, de la vacherie affinée. Un trait d’esprit ne porte pleinement –comme une lame de Tolède– que s’il est aiguisé, sans défaut, sans aucune aspérité qui « accroche », et c’est le cas pour les mots de Jules Renard :

« Le monsieur qui nous dit : Et moi aussi, j’ai passé par là ! Imbécile ! Il fallait y rester ! »

« Etre franc, c’est marcher sur les pieds des autres en le faisant exprès. »

« Il y a des gens odieux qu’on ne peut pas se lasser de voir, qui sont de vieilles habitudes de haine. »

« Il y a des gens si ennuyeux qu’ils vous font perdre une journée en cinq minutes. »

« Un croyant crée Dieu à son image ; s’il est laid, son Dieu est laid. »

« Bigotes. Elles couchent avec Dieu le dimanche, et le trompent toute la semaine. »

Chez nous, dans la Nièvre, « Jules Renard » est un lycée. Il serait grand temps de redécouvrir que c’était un type et un écrivain formidable.